Quelques réflexions sur la cérémonie de commémoration du lycée Lalande


La commémoration du 11 novembre au lycée Lalande est un peu particulière, comme nous avons essayé de l’expliquer, en vain, aux journalistes envoyés par FR3 en 2008.
L’organisation de cette cérémonie est, chaque année depuis plus d’une dizaine d’années, un moment d’engagement pour le groupe d’élèves volontaires de Terminales (en général entre 10 et 20, le plus souvent une majorité de filles).


Les démarches, les discussions, les choix, sont différents d’une année sur l’autre, mais avec une même « filiation », celle qui rattache d’abord, de façon vécue, les élèves aux anciens résistants du lycée, élèves comme eux, dans les mêmes lieux, quelques décennies auparavant.
La force de ce jour est, entre autres, de souder le lien intergénérationnel, autour des valeurs défendues par la Résistance, valeurs dont on ne peut que souhaiter qu’elles restent celles prônées par l’école laïque et républicaine.


Je déplore souvent la recherche systématique de l’émotion de notre société actuelle, quels que soient les faits ou sujets abordés, mais il me semble que, là, elle joue un rôle positif en contribuant à la construction de la personnalité des adolescents qui y participent, à un âge où l’on a besoin de modèles pour se construire, d’idéaux à défendre, tout en affirmant sa propre personnalité.


D’une année sur l’autre, les cadres fixés par les professeurs sont les mêmes : ce sont les élèves qui choisissent le fil directeur (nourri par l’actualité ou leurs façons de voir les choses); qui choisissent les musiques (parfois un peu « dures » aux oreilles des anciens…), les textes. C’est au présent que se construit la mémoire et nous les encourageons toujours, par les fils tissés de textes en textes, à s’exprimer aussi sur notre monde actuel. Selon les groupes, selon les années, l’apport est bien sûr inégal, mais toujours significatif pour les jeunes qui y ont participé. C’est, pour eux, une façon de s’inscrire dans l’Histoire, et d’accepter de se poser en héritiers, tout en se projetant dans l’avenir, porteurs d’idéaux. Et, sur ce dernier point, force est de constater que, pour leur génération, les choses ne sont pas, aujourd’hui, si faciles…


C’est un engagement pour la paix, en dénonçant la boucherie de 14-18 et ses victimes. Cette démarche s’inscrit bien dans notre historiographie actuelle qui privilégie l’étude de la « brutalisation » de la guerre de 14-18 (pour reprendre une notion récente) et analyse ce conflit comme celui qui a ouvert la boîte de Pandore des barbaries du XXème siècle, « siècle des extrêmes ».
C’est un engagement pour un monde plus libre (même si le mot est un peu galvaudé…) et solidaire, incarné par les Résistants dont certains ont payé ce choix de leur vie. C’est sans doute, d’ailleurs, une des raisons pour lesquelles l’évocation du second conflit mondial parle plus aux élèves, au-delà de la proximité chronologique.


Sans surprise, ce sont le plus souvent les jeunes les plus engagés qui prennent en charge cette commémoration. En 2008, ils ont voulu parler des femmes, encore les grandes oubliées de l’Histoire. L’une de ces jeunes, Lucie Martinal, a rencontré une vieille dame remarquable, Résistante, âgée de presque 90 ans, Jacqueline Cassagnole qui lui a dit, avoir « vécu bien des événements depuis 1936…» ; cette ancienne Résistante témoigne avec beaucoup de sincérité et de lucidité, même si, par pudeur et discrétion, elle parle surtout des autres. Pendant la cérémonie, c’est son portrait qui apparaît en bas à gauche sur les banderoles décorées de portraits de femmes et déployées par les élèves, de part et d’autre de l’entrée dans la cour d’honneur.
Comme tous les ans, un peu comme par miracle, tout fut prêt juste à temps, les jeunes étant capables - au dernier moment…- de faire preuve d’une énergie et d’une efficacité surprenantes !

Tous, sans exception, sortent « grandis » une fois ce travail (« devoir » ?) accompli.
Nous sommes donc dans un exercice un peu atypique qui relève, certes, de la commémoration, mais qui a aussi, et surtout - d’où l’intérêt qu’un certain nombre d’entre nous lui porte - une fonction pédagogique et qui crée, dans le creuset de l’école républicaine, des liens entre les générations.
C’est aussi vrai, certes dans une moindre mesure, pour les autres élèves qui assistent à la commémoration et dont l’intérêt est aussi fonction de l’investissement des professeurs qui les accompagnent. Comme pour la Résistance, et sans surprise, les gens qui s’engagent sont toujours une minorité.


Joëlle Trichard, professeur d’histoire

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